Mon ado étudie mais échoue : et si ce n’était ni paresse ni mauvaise volonté ?

Ton ado passe des après-midis entiers sur ses cours et rate quand même ses interros ? Avant de conclure à la paresse ou au « je-m’en-foutisme », lis ce qui suit. Parce que quand un jeune travaille et échoue malgré tout, c’est presque toujours le signe qu’autre chose se joue. Et ce quelque chose n’est ni un défaut de caractère, ni un manque d’amour pour toi.

Je vais te raconter comment je me suis trompé sur toute la ligne avec un ado que j’aimais. Et comment mon erreur nous a finalement menés, lui et moi, vers une découverte qui a changé nos deux vies.

Etudiant fatigué devant ses cahiers. Crayon planté. Pâte à modeler.

« Il le fait exprès » : l’histoire d’une fausse évidence

Marco était un ado plein d’énergie. Marrant, sportif, attentif aux gens autour de lui, le genre de jeune qui illumine une pièce. Mais le travail scolaire, c’était une autre paire de manches. Il était pourtant volontaire, il cherchait à bien faire… et ne trouvait jamais.

Pendant des années, j’ai mis ça sur le compte de la distraction. « Ça va se tasser en grandissant. » Puis est arrivée l’année du bac, et rien ne s’était tassé. Alors j’ai fait ce que font tous les parents consciencieux : j’ai organisé son travail, planifié son programme avec lui, sécurisé ses après-midis d’étude. Il montait dans sa chambre, passait des heures devant ses cahiers… et les résultats ne venaient toujours pas.

Et là, j’ai commis ma grosse erreur. Je me suis dit : il le fait exprès. Ou alors il s’en fiche. Il veut vivre sa vie sans souci et sans responsabilités. Bref, il me gonflait, et ça risquait d’exploser.

De son côté, Marco ne comprenait rien à ce qui lui arrivait. Pourquoi, tout à coup, je lui confisquais son téléphone pendant les révisions. Pourquoi il n’avait plus le droit d’étudier dans sa chambre mais dans la salle à manger, sous ma surveillance. Pourquoi je ne riais plus à ses blagues. Pourquoi j’avais « l’air vénère » (dixit) chaque fois que je le voyais. Et surtout, surtout, pourquoi, malgré toutes ces heures devant ses cours, il continuait de rater.

Tension maximale à la maison. Deux personnes de bonne volonté, chacune persuadée que l’autre ne faisait pas d’effort.

Ça te rappelle quelque chose ?

Le jour où j’ai arrêté d’accuser et commencé à observer

Ce qui m’a sauvé de ma propre colère, c’est une évidence que j’avais perdue de vue : je le connaissais. Je connaissais son caractère, je savais quel genre de personne il était. Saboter son travail, se prélasser sur ses deux pouces pendant que son avenir brûlait ? Non. Ce n’était pas lui.

Mais alors quoi ?

Au lieu de chercher une intention, je me suis mis à inventorier des faits. Marco oubliait tout. Il était constamment distrait, commençait une phrase avant d’avoir fini la précédente. Il cherchait des stimulations en permanence, grignotait sans s’en rendre compte; le paquet de chips qu’on devait se partager sur la route des vacances, il l’avait englouti seul, absorbé par des animes sur son téléphone. Il bougeait sans arrêt, faisait les cent pas au rythme de ses émotions. Et quand on lui posait une question qui demandait de réfléchir, il sortait parfois une réponse inventée, pas pour mentir, mais pour répondre vite, sans avoir à traverser l’effort de penser.

Adolescent jouant à la console dans sa chambre. Pâte à modeler.

Et puis il y avait le paradoxe qui rendait tout le reste si trompeur : ce même garçon incapable de tenir vingt minutes sur un cours pouvait rester des heures devant un jeu, avec une concentration de moine. « Tu vois bien que tu SAIS te concentrer quand tu veux ! » Combien de fois cette phrase a-t-elle été prononcée dans des familles ? C’est pourtant exactement l’inverse d’une preuve de mauvaise volonté.

Un soupçon a fini par se former : et si Marco vivait avec un TDAH; un trouble de l’attention ?

Ce que j’ai fait ensuite (et ce que je n’ai surtout pas fait)

Je lui ai parlé de mes soupçons, calmement, comme d’une hypothèse qui pourrait expliquer tellement de ce qu’il vivait. Et je lui ai dit tout aussi clairement ce que je répète sur ce site : je ne suis pas psy, encore moins neuropsy, et ce n’était pas à moi de poser un diagnostic. Une liste d’observations faites par un parent (ou lues sur un site comme celui-ci) n’est pas un diagnostic. C’est tout au plus une bonne raison d’aller consulter.

Nous sommes donc allés voir un professionnel. Des tests, des questionnaires, des rendez-vous. Et la réponse est tombée : oui, c’était bien ça.

Tu sais ce qui a changé ce jour-là ? Rien… et tout. Marco était exactement le même jeune que la veille. Mais on pouvait enfin mettre un nom sur ses réactions, ses difficultés, ses défis … et sur le défi, parfois, d’être avec lui. L’ennemi invisible avait un nom, et un ennemi qui a un nom, on peut apprendre à vivre avec. Lui a pu arrêter de se croire nul. Moi, j’ai pu arrêter de le croire de mauvaise volonté. Nos tensions n’avaient plus de carburant.

Si tu te reconnais dans cette histoire, la porte d’entrée est simple : ton médecin de famille, qui orientera vers les personnes qualifiées pour évaluer un TDAH ou toute autre piste. Parce que des difficultés scolaires malgré du travail peuvent avoir bien d’autres explications (anxiété, trouble de l’apprentissage, dépression, harcèlement…), et c’est exactement pour ça que le détour par un professionnel n’est pas une option.

La partie de l’histoire que je n’avais pas prévue

Je pourrais m’arrêter là, et ce serait déjà une belle histoire. Mais il me reste le plus important à te raconter.

Une fois la poussière retombée, une question s’est mise à me travailler : pourquoi est-ce que ce que faisait Marco m’énervait autant ? Pas « un peu ». Autant. Cette colère disproportionnée, d’où venait-elle ?

La réponse était inconfortable : je me voyais tellement en lui à son âge. Les oublis, la distraction, les stratégies pour masquer, l’épuisement de devoir compenser sans comprendre pourquoi tout demandait plus d’efforts qu’aux autres. Je savais exactement combien ça pesait parce que ça m’avait pesé toute ma vie.

Et si moi aussi… ?

Quelques tests plus tard, chez un psychiatre spécialisé dans le TDAH de l’adulte, j’avais ma réponse. À mon tour, je pouvais mettre un nom sur tant de choses qui m’avaient encombré pendant des décennies. J’en parle d’ailleurs ouvertement sur ce site : ce diagnostic fait partie des raisons profondes pour lesquelles j’accompagne des jeunes depuis 35 ans.

Le jeune avait montré le chemin à « l’ancien » (dixit aussi). On croit toujours que c’est nous qui élevons les ados. C’est plus compliqué que ça.

Diagnostic TDAH pour adolescent. Pâte à modeler.

Ce que ton ado t’apprend sur toi (que tu le veuilles ou non)

Voici ce que cette histoire m’a enseigné, et que je crois valable bien au-delà du TDAH : avoir un ado, c’est très confrontant. Personnellement confrontant.

Parce que les faiblesses ou les défauts que tu vois chez ton ado, ce sont souvent les tiens. Ce sont précisément ceux-là qui te heurtent le plus fort : la procrastination qui te rappelle la tienne, l’impulsivité que tu combats chez toi depuis toujours, la sensibilité que tu as passé ta vie à cacher. Ton ado te tend un miroir, et certains jours, ce reflet est insupportable.

Mais si tu apprends à reconnaître ces traits chez ton jeune, à les accepter, à voir qu’ils ne sont pas des attaques contre toi mais simplement l’expression de qui il ou elle est, alors tu risques fort d’apprendre énormément sur toi-même. Ces moments de tension peuvent devenir des occasions de grandir, pour ton ado comme pour toi.

C’est alors un voyage que vous faites ensemble. Tu n’es plus seul(e) face à ton ado, et ton ado n’est plus seul(e) face à toi.

Et si le silence s’est aussi installé entre vous, j’ai raconté ailleurs ce qui se cache souvent derrière et comment le dialogue peut revenir.

Tu te reconnais dans cette histoire, ou tu voudrais m’en parler ? Écris-moi via la page Contact : je lis tout, et je réponds.

Pierre

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